BDS est-il novateur?

BDS est-il novateur?

BDS se présente comme novateur

BDS situe son éclosion en 2005, soit « un an après l’avis consultatif de la Cour Internationale de Justice qui a jugé illégal le mur qu’Israël construit sur le territoire palestinien occupé ». Partant du constat que toutes les formes de processus de paix ont échoué par la faute exclusivement imputable à l’Etat d’Israël, il propose aux Palestiniens de quitter la table des négociations et d’appliquer une nouvelle méthode pour arriver à la paix.

La stratégie novatrice proposée par BDS consisterait non plus à négocier un traité de Paix sous les auspices de la communauté internationale mais à demander à cette dernière de boycotter intégralement Israël « jusqu’à ce que ce qu’il plie et honore ses obligations de reconnaître le droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination et se conforme au droit international ».

BDS inscrit cependant son idéologie, ses objectifs politiques et ses moyens d’actions dans un cadre historico-politique beaucoup plus ancien qu’il ne le prétend.

Les revendications politiques

BDS revendique la fin de la colonisation et de l’occupation de tous les territoires arabes, le retour sans conditions de tous les réfugiés palestiniens et l’égalité des droits. Ces trois revendications contiennent la négation du fait national juif et aboutissent au final au rejet de toute solution de remplacement à la libération intégrale de la Palestine.

Cet objectif politique n’est pas nouveau. La Charte palestinienne, avant qu’elle ne soit rendue caduque par Yasser Arafat, exprimait exactement les mêmes revendications : unicité du territoire et retour sans conditions de tous les réfugiés palestiniens à l’intérieur du nouvel Etat. La déclaration Balfour, le mandat sur la Palestine et tout ce qui en découle étaient ainsi également réputés nuls et non avenus. La seule différence concerne le sort des Juifs dans le nouvel Etat. Pour l’OLP, tous les Juifs devaient être expulsés du territoire. Pour BDS leur sort n’est pas encore tranché et dépendra, selon Omar Bargouthi, de la volonté des peuples !!

Le cadre idéologique

BDS inscrit sa lutte nationaliste dans le cadre plus global de la lutte altermondialiste. Le collectif palestinien revendique ainsi une filiation directe avec forum mondial des ONG organisé à Durban en 2001 en marge de la Conférence Mondiale contre le Racisme, la Discrimination, la Xénophobie et l’Intolérance – WCAR et dont le slogan était très justement : « UNITED TO COMBAT RACISM : EQUALITY, JUSTICE AND DIGNITY »[1].

Ce positionnement idéologique n’est pas nouveau. L’O.L.P. inscrivaient elle aussi le combat national palestinien, du temps de la guerre froide, dans le cadre de la lutte anticoloniale, antiimpérialiste et antiaméricaine.

La référence sud-africaine

BDS assimile sa lutte avec celle contre la ségrégation raciale en Afrique du Sud. Cette référence historique n’est pas l’apanage du seul BDS mais demeure une constante au sein du mouvement national palestinien. Ainsi le « tribunal » extra-judiciaire spécialement constitué sur la Palestine (le fameux « tribunal Russel » dont la 3ème session en 2011 s’est également tenue symboliquement en Afrique du Sud) condamne depuis des années les crimes d’apartheid commis par Israël à l’encontre du peuple palestinien. L’intifada est régulièrement comparée aux émeutes de Soweto. Les « bantoustans » (qui rappellent encore une fois l’Afrique du Sud raciale) sont évoqués pour justifier, à tort ou à raison, le rejet des différents plans de paix internationaux (notamment le Plan Clinton).

Les moyens d’actions

BDS entend arriver à ses fins par une nouvelle arme que constituerait le boycott intégral d’Israël par la communauté internationale. L’arme du boycott était pourtant déjà utilisée par l’ensemble des pays arabes à l’encontre de l’Etat d’Israël entre 1948 et 1989. Les entreprises occidentales devaient à l’époque choisir entre avoir accès au marché économique israélien (Coca-Cola, Subaru) ou aux marchés économiques arabo-musulmans (Pepsi, Toyota). Le boycott n’était pas qu’économique mais également politique (refus de reconnaître l’existence de l’Etat d’Israël), sportif (refus de rencontrer un adversaire sportif israélien), etc. Le Comité central BNC a d’ailleurs fait, lors de sa première conférence tenue à Ramallah en 2007, de la réactivation du boycott de la Ligue Arabe un axe essentiel de sa stratégie.

BDS dans la lignée du mouvement national palestinien historique

BDS se présente comme novateur mais ne l’est pas autant qu’il ne le prétend. Il a en réalité une filiation directe avec le mouvement national palestinien historique, et singulièrement l’O.L.P., tel qu’il existait avant le début du processus de paix et ce, tant au niveau de son idéologie dominante (lutte anticoloniale) que de son analyse du conflit (une seule partie est légitime, l’autre ne l’est pas et doit disparaître) et, partant, de la solution politique pour y mettre un terme (la disparition de l’Etat d’Israël et son remplacement par un Etat Palestinien sur l’ensemble du territoire avec une majorité arabo-palestinienne et, le cas échéant, une minorité judéo-palestinienne).


[1] Voir point 61 de la déclaration finale signée par les 1.500 ONG.

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